Depuis l’automne dernier, le monde agricole réagit avec vigueur pour défendre ses intérêts menacés par diverses mesures gouvernementales visant, en principe, à soutenir les entreprises agricoles dans certains secteurs d‘activités tout en contrôlant la croissance de l’aide financière gouvernementale.
On se souviendra du blocage, par exemple, par les agriculteurs, du passage des motoneiges et des véhicules tout terrain sur leurs terres agricoles et dont le dénouement a eu lieu tout juste avant Noël 2010 suite à une entente avec le ministre de l’agriculture de l’époque, Laurent Lessard.
Amorcée en juin 2006, la Commission sur l’avenir de l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois avait comme mandat de dresser un état de situation sur les enjeux et les défis de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, d’examiner l’efficacité des politiques publiques dans différents domaines, d’établir un diagnostic et de formuler des recommandations sur les adaptations à faire.
En janvier 2008, 18 mois plus tard, la Commission déposait son rapport (pdf) découlant d’un travail titanesque et fondé sur plus de 700 mémoires, consultations publiques dans 15 régions et 27 municipalités du Québec.
Les auteurs du rapport ont retenu, en guise d’introduction, un extrait du mémoire des étudiants de la Faculté des sciences et de l’alimentation de l’Université Laval qui résume une des idées :
Nous croyons fermement à l’avenir de ce secteur. Par contre, plusieurs indices portent à croire que nous avons atteint, en quelque sorte, les limites du modèle agricole actuel. En effet, l’environnement dans lequel l’agriculture et l’agroalimentaire évolue présentement diffère grandement de celui qui a donné le jour à la plupart des politiques en cours.
D’ailleurs, la constitution de cette Commission par le gouvernement découlait déjà de plusieurs facteurs ayant secoués l’agriculture au cours des dernières années. Pourtant, cinq ans plus tard, ce même gouvernement y va à la pièce. Pas étonnant que les agriculteurs en arrachent dans certains secteurs.
Comme s’il n’y avait pas assez eu de consultations, voilà que le gouvernement repart de plus belle avec un livre vert (pdf). Qu’attend-il donc pour passer à l’action? En tout cas, on verra bien les réactions cet automne dans un contexte ou ça va très mal notamment pour les producteurs de porcs, d’agneaux, de bovins et de petites céréales. À titre de nouveau porte-parole en matière d’agriculture et d’alimentation, je compte suivre de très près ce processus devant mener une véritable politique agricole.
Le 9 juin dernier, la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles a questionné les hauts dirigeants de La Financière sur leur gestion, leurs activités et les orientations de programmes. En fait, les dirigeants nient en quelque sorte l’existence d’une crise. Pourtant, de nombreux agriculteurs vivement touchés par les changements mis de l’avant par la Financière depuis 2008 pensent tout le contraire. En effet, ils font faillite ou sont en voie de le faire. Qui plus est, ce sont généralement de petites entreprises disséminées un peu partout dans les communautés rurales qui doivent abandonner alors que la mission de la Financière est justement de les aider…
Le 22 août, la Commission a entendu des témoignages troublants de producteurs agricoles et du président de l’UPA. Qui plus est, les administrateurs convoqués à deux reprises par la Commission ont même refusé de se présenter pour venir témoigner. Un manque de respect non seulement envers les agriculteurs du Québec mais aussi les parlementaires qui n’ont d’autre choix que de les assigner par « subpoena ».
La survie de nos fermes familiales qui assurent notre sécurité alimentaire voire notre souveraineté alimentaire est en jeu. La dimension familiale des fermes québécoises a été et est encore une marque distinctive qui a toujours suscité la fierté des personnes ayant décidé d’en faire leur gagne-pain, leur mode de vie tout en assurant la fonction nourricière de la nation et l’occupation dynamique de notre vaste territoire.
Le gouvernement ne peut continuer de fermer les yeux sur la crise qui sévit dans le monde agricole et même nier son existence à l’instar des dirigeants de la Financière agricole du Québec, société d’État dont le ministre de l’Agriculture est directement responsable.
Oui, il y a véritablement une crise en agriculture qui s’amplifie! Elle est très inquiétante face à l’avenir des entreprises agricoles, des emplois, de la relève, de l’économie québécoise et des communautés rurales dans la majorité des régions du Québec. Mais aussi de notre capacité comme État et comme peuple à exercer un meilleur contrôle sur notre alimentation dans un contexte de mondialisation. Des solutions intéressantes ont été proposées en Commission parlementaire le 22 août dernier. Il faut maintenant et rapidement passer à l’action!