Discours de Pauline Marois à la Conférence nationale des présidents du Parti Québécois, 25 octobre 2008Faire gagner les Québécois Merci. Merci à vous tous. Quel bonheur d’avoir au sein de notre parti politique des femmes et des hommes, des gens dont la ferveur nous inspire tous. Vous savez, porter le projet d’indépendance du Québec, ne peut se faire sans le talent et la passion de gens comme vous. La passion, nous l’avons vue tout au long de l’été, ici à Québec, à l’occasion du 400e anniversaire de notre capitale. Quel été grandiose ! On ne le dira jamais assez à quel point cela a contribué à la renommée et à l’économie de la région et continue de le faire. La passion, nous l’avons aussi vue en action récemment dans la partielle de Jean‑Talon. Nous avions une candidate extraordinaire. C’est une femme engagée et passionnée qui porte la région de Québec dans son cœur. Je voudrais la remercier pour son excellent travail et lui renouveler mon souhait de la voir dans mon équipe lors de prochaines élections. Françoise Mercure. Je ne peux passer sous silence la performance de nos amis du Bloc Québécois lors de la dernière campagne électorale fédérale. À cette occasion, les Québécois ont renouvelé largement leur confiance aux candidats du Bloc. Encore une fois, les intérêts du Québec seront bien protégés à Ottawa. Félicitations à mon ami Gilles Duceppe pour cette belle campagne. Le Parti Québécois a encore fait l’histoire cette semaine à l’Assemblée nationale. Déjà, en 2002, nous avions choisi pour la première fois une femme pour diriger nos travaux, la députée d’Hochelaga-Maisonneuve, mon amie Louise Harel. Et là, pour la première fois depuis très longtemps, le président de l’Assemblée nationale vient des rangs de l’opposition. Je le dis, dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, c’est normal, c’est sain et c’est démocratique. En votre nom, j’aimerais féliciter François Gendron pour son élection. Je suis sûre qu’il pense un peu à nous ce matin. La région de l’Abitibi‑Témiscamingue peut être très fière de voir un de ses députés assumer désormais le plus important poste de l’Assemblée nationale. Cela me donne l’occasion de dire comment, mardi dernier, j’ai été déçue, comme d’ailleurs la population du Québec, par le comportement disgracieux du premier ministre et des députés libéraux. Permettez-moi finalement de féliciter le nouveau leader de notre parti en Chambre, Stéphane Bédard, la nouvelle whip, Nicole Léger, et le président du caucus, Maxime Arseneau. 40e anniversaire Quand je vous vois, chères militantes et chers militants, je suis extrêmement fière d’être la chef du Parti Québécois ! Je le suis d’autant plus que nous vivrons une fin de semaine importante pour notre parti. Et ce, à bien des égards. Nous célébrons cette année le 40e anniversaire de notre parti. Quarante ans qui nous ont permis de faire avancer et gagner le Québec. Quarante ans de victoires ! Et ce n’est pas terminé. Nous avions, à notre naissance, des rêves pour le Québec. Nous en avons réalisés plusieurs, mais le travail n’est pas terminé. Celles et ceux qui croient dans la souveraineté ont une certaine idée du Québec. Nous croyons que les Québécoises et les Québécois sont capables de relever les plus grands défis. Nous avons une vision qui nous permettra de faire face aux défis actuels, comme la crise financière qui est à nos portes. Nous avons une vision pour nous conduire vers de nouvelles victoires. Mais le contexte n’est pas facile… Les Québécois sont inquiets. Il faut savoir les écouter et les comprendre. Partout au Québec, je rencontre des femmes et des hommes qui peinent à joindre les deux bouts. Et pas seulement les plus démunis. Un journal titrait récemment que la classe moyenne québécoise est étouffée. Avec la crise financière et les soubresauts des bourses à travers le monde, il y a des gens qui ont vu fondre leurs économies, amassées de longue date et au prix de grands sacrifices. D’autres qui craignent pour leur emploi parce que leurs employeurs auront des difficultés à passer à travers le ralentissement économique qui pointe. Qui parle pour eux ? Et surtout, qui pense à leurs rêves ? Qui s’intéresse au fait que les Québécois veulent : S’occuper à domicile d’un membre de leur famille en perte d’autonomie ? Permettre à leurs enfants d’étudier ? Accéder à la propriété ? Trouver de l’emploi ? Ce n’est pas Jean Charest qui n’arrête pas de dire que tout va bien. Les bourrasques économiques font des dommages partout à travers le monde et il n’y aurait qu’au Québec qu’il fait beau ! Voyons ! La situation m’inquiète parce que le gouvernement de Jean Charest ne prend pas les mesures qui nous permettraient de traverser cette crise. Jean Charest a mal préparé le Québec à l’éventualité de situations difficiles. En fait, la seule véritable mesure mise de l’avant par Jean Charest pour faire face à la crise actuelle a été l’annonce de la création de trois comités et d’une réunion de premiers ministres ! Et il pense qu’il va passer à travers la crise d’envergure mondiale en repavant les routes. Quelle vision extraordinaire de l’économie ! Je lui ai tendu la main en lui offrant ma collaboration dans la recherche de vraies solutions à court terme. Des solutions qui visent à soulager et supporter nos citoyens et nos entreprises. Il est important qu’il dépose rapidement un état détaillé de la situation budgétaire du gouvernement du Québec. Et de là, nous pourrons mieux cibler ce qui peut encore être fait. Les élections La responsabilité d’un premier ministre ce n’est sûrement pas de déclencher des élections quand le Québec a besoin que le gouvernail soit bien tenu et que la priorité soit donnée aux problèmes du vrai monde. Monsieur Charest vous seriez complètement irresponsable d’appeler les Québécois aux urnes au moment où ils sont inquiets quant à leur emploi, leurs finances et quant à leur avenir. Pendant que des gens sont menacés de perdre leur emploi Jean Charest ne pense qu’à garder le sien ! Les Québécois ne veulent pas aller en élection et je ne crois pas que ce soit une bonne idée que d’y aller. Comme parti politique responsable, nous n’avons pas le choix de nous préparer et d’offrir une alternative crédible. Peu importe ce qui arrivera, nous le serons, je compte sur vous ! Bilan de Charest Si on voulait faire un premier bilan du gouvernement Charest depuis son élection, cela se résumerait à la loi du moindre effort, la gestion à la petite semaine. Le gouvernement a été incapable de gérer la crise du fromage. Imaginez la crise financière. Puis Jean Charest nous a présenté sur grand écran un supposé nouveau projet de développement pour le Nord québécois copié sur celui que nous avions déposé en 2001. Que de temps perdu ! Je ne parlerai pas des dossiers catastrophiques du CHUM et de l’UQÀM, j’en aurais pour des heures. Le gouvernement Charest c’est un gouvernement d’image, qui se traîne les pieds, incapable de mener à bien des projets. Chers amis, vous savez, vous et moi nous partageons quelque chose en commun. Nous croyons qu’il faut nous battre pour construire notre pays. Nous croyons qu’il faut nous battre pour que chacun des Québécois puisse se réaliser, s’épanouir, se dépasser. Nous croyons qu’il faut nous battre pour gagner. Parce qu’il a toujours su améliorer la vie quotidienne des Québécoises et des Québécois, parce qu’il a su faire progresser le Québec, parce que son objectif fondamental est de faire grandir notre liberté, le Parti Québécois a le devoir aujourd’hui de proposer des solutions pour faire en sorte que nous continuions à grandir ensemble. Depuis 40 ans, faire gagner le Québec et faire progresser le Québec, c’est le moteur de l’action du Parti Québécois. C’est la carte d’identité de notre formation politique. C’est là une grande responsabilité que de porter un tel nom… Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nous devons être le parti des familles qui s’inquiètent pour leur sécurité financière, nous devons continuer à être le parti des jeunes qui veulent s’accomplir ; nous devons demeurer le parti des aînés, faire en sorte qu’ils se sentent utiles et appréciés, faire en sorte qu’ils soient traités avec dignité. Nous sommes un parti qui porte des idéaux. Et j’en suis fière !!! Parce que porter un idéal, c’est avoir la volonté d’aller de l’avant, c’est estimer qu’il y a toujours de la place pour améliorer le quotidien, le nôtre et celui de celles et ceux qui nous entourent, c’est croire que les choses peuvent être différentes, que nous avons le pouvoir de les changer et de les rendre meilleures. En 40 ans d’existence, celles et ceux qui ont travaillé et milité au sein du Parti Québécois, René Lévesque le premier, ont marqué le Québec. Imaginez le Québec sans le Parti Québécois ! Nous pensions que le monde pouvait être meilleur pour peu que l’on s’en donne la peine et que l’on fasse preuve de courage. Il en a fallu du courage à Camille Laurin pour mettre en place la loi 101. Pourtant, peut-on imaginer le Québec sans cette loi qui a permis de préserver notre langue ? Le Québec n’est-il pas un meilleur endroit pour les travailleurs depuis la création de la Commission de la santé et de la sécurité du travail ? La Loi sur la protection du consommateur, le travail colossal de Lise Payette pour mettre en place l’assurance automobile, n’ont-ils pas porté leurs fruits depuis les années 70 ? Et les règles qui régissent le financement des partis politiques, n’ont-elles pas été profitables pour la démocratie ? Sans compter toute la réflexion qui a conduit à la Loi sur la protection du territoire agricole. Demandez aux gens de l’agriculture ce qu’ils pensent ? Ils vous diront qu’il aurait été irresponsable de laisser se poursuivre l’hémorragie des bonnes terres agricoles que possède le Québec. Pourquoi toutes ces lois ? Pourquoi tous ces gestes ? Parce que tout ce temps, nous avons voulu, comme parti et comme gouvernement, prendre soin du Québec, prendre le plus de mesures possible pour se faire respecter et protéger notre identité, nos croyances et nos valeurs. Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? C’est ça une gouvernance faite par un parti souverainiste. Dites-moi sous quel gouvernement a été créé le premier ministère de l’Environnement alors que ce dossier n’était pas encore sous les feux constants de l’actualité ? Qui a permis, au tournant des années 81 et 82, de créer Corvée-Habitation, le Fonds de solidarité, de sortir d’une crise où les taux d’intérêt étaient à près de 20 % et le taux de chômage chez les jeunes à 25 % ? Qui a proposé un plan d’action concret en 2001 devant le risque d’un sérieux ralentissement économique après le 11 septembre ? Et sous quel gouvernement encore, plus de 20 ans plus tard, fut déposée la première politique de l’eau ? Qui a permis au Québec d’acquérir plus de pouvoir en matière d’immigration ? La création des MRC ? Le soutien aux régions ressources ? C’est le courage qu’a eu un premier ministre d’assainir les finances publiques et d’arriver au déficit zéro tout en me donnant les possibilités d’aider les familles par la mise en place des centres de la petite enfance, des maternelles à temps plein et du congé parental. C’est aussi une loi sur l’équité salariale qui a permis, majoritairement à des femmes, d’être enfin payées à leur juste valeur. Toujours le Parti Québécois. C’est ça un parti souverainiste, mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Il faut s’attaquer à la crise économique et à ses effets sur nos concitoyens et les entreprises ; nous devons agir fermement sur plusieurs fronts afin d’améliorer notre environnement, offrir une meilleure qualité de vie aux familles et replacer les arts, la culture et la langue au cœur de notre projet. Aux prochaines élections, nous proposerons aux Québécois de diriger le Québec comme ce qu’il est : une nation capable de décider pour elle-même. Après l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois, nous occuperons tout l’espace de pouvoir qui revient présentement au Québec et que l’actuelle administration néglige d’occuper. Nous avons le droit d’adopter une constitution québécoise. Nous le ferons ! Nous avons le droit de nous donner une citoyenneté. Nous le ferons ! Nous devons renforcer la loi 101. Nous le ferons ! Un gouvernement que je dirigerai se montrera intransigeant dans la défense des compétences qui sont celles du Québec. Nous aurons la légitimité de prendre l’initiative dans les champs de compétence partagés. Nous nous battrons aussi pour récupérer tous les pouvoirs que les Québécois considèrent comme essentiels pour préserver leur identité, la défense de leur intérêt et assurer leur avenir : la langue, l’immigration, la culture, les communications, les relations internationales reliées à nos champs de compétence. Nous reprendrons, je m’y engage, le combat pour mettre fin au pouvoir fédéral de dépenser. Tout gain en faveur du Québec fait en sorte de démontrer que nous sommes capables de nous diriger nous-mêmes. L’exemple des commissions scolaires au Québec prouve qu’un amendement constitutionnel peut aider les Québécois et le Québec à avancer. À titre de chef des forces souverainistes, je m’adresse à toutes celles et ceux qui croient que le Québec est leur patrie : cessons de penser que ce sont les humiliations qui font avancer notre cause et prenons enfin conscience que ce sont les victoires qui font grandir la fierté des Québécois. C’est ça qui nous mène vers notre liberté ! Ce que nous voulons, c’est construire un Québec fort et souverain et nous continuerons d’en faire la promotion. Être Québécois en 2008, c’est avoir assez confiance en cette nation pour penser que l’avenir du Québec se décidera ici, au Québec, par les Québécois eux-mêmes. Je ne veux pas d’un pays qui dit non à Kyoto, qui est coercitif avec les jeunes, qui fait la guerre. Je veux un pays d’éducation, de solidarité, ouvert sur le monde et sensible à l’environnement. Et être souverainiste en 2008, c’est se dire que la politique, ce n’est pas seulement l’art du possible. C’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. Et que, dans la tourmente, comme à d’autres occasions depuis 40 ans, il faut des souverainistes pour faire face à la crise. C’est ça le Parti Québécois. C’est le parti qui appartient aux Québécois. C’est leur parti, depuis 40 ans. Et, à titre de chef de ce parti, je m’engage envers eux à les rendre toujours plus fiers ; à les rendre toujours plus confiants ; à les rendre toujours plus souverains ; à les faire gagner ! Merci et bon 40e anniversaire ! |